La necessite de l’altruisme


La nécessité de l’altruisme par Matthieu Ricard (photographe : Matthieu Ricard)

J’ai assisté il y a quelques jours à Paris à une conférence de Matthieu Ricard intitulée : « La nécessité de l’altruisme ». Je voulais partager avec vous ce moment.

Qui est Matthieu Ricard ?

Tout d’abord, je voudrais vous rappeler qui est Matthieu Ricard. C’est un moine bouddhiste, photographe et auteur. Il  est le fils du philosophe et journaliste Jean-François Revel. Il vit et travaille dans la région himalayenne depuis quarante ans. Il est l’interprète français du Dalaï-lama. Matthieu Ricard fait don de tous les revenus de son travail à trente projets humanitaires en Asie auxquels il consacre une grande partie de son temps coordonnée par l’association Karuna-shechen, qui met en place des projets humanitaires dans le domaine de l’éducation, de la santé et de préservation de l’héritage culturel.  Huit écoles ont été ainsi construites, dont les dernières en bambou ; l’une d’entre elles regroupe 800 enfants. Au plan sanitaire, 16 cliniques ont vu le jour et 100.000 services médicaux ont été prodigués. Une clinique construite au Népal reçoit 45.000 patients par an dont 60% sont traités gratuitement. Enfin, 12 ponts ont été construits, éléments vitaux pour la sécurité des habitants et pour le développement économique de ces régions reculées. Pour plus d’informations sur l’association Karuna-shechen dont il est le fondateur et président :  www.karuna-shechen.org.

La conférence

La salle était comble ; je dirais environ 1000 personnes. L’auditoire était varié. Des jeunes et des moins jeunes, un moine tibétain ; quelques invités célèbres comme Christophe André et surtout beaucoup beaucoup d’anonymes. La conférence a duré environ 1h30 et MR a parlé sans note, assis, d’une voix claire et posée, s’appuyant parfois sur quelques images projetées.

J’aimerai maintenant en quelques lignes vous donner les principaux éléments de la conférence qui ont retenu mon attention.

  1. L’égoïsme n’est pas le propre de l’homme

MR a commencé sa conférence en nous indiquant que l’altruisme était comme un fil d’Ariane entre les 3 temps :

–          Le temps économique (celui de l’instantanéité) : qui va de plus en plus vite

–          Le temps humain (celui qui dure environ 100 ans)

–          Le temps de l’environnement (plusieurs centaines, voire milliers d’années)

La première partie de la conférence aurait pu s’intituler « comment combattre les idées reçues sur l’égoïsme ».

Dans cette première partie, notre moine tibétain s’est centré sur le combat de l’idée répandue selon laquelle l’homme est égoïste (et sous-entendu le restera). En s’appuyant sue de nombreux exemples pris dans l’Histoire (Les Justes qui ont sauvé des Juifs pendant la seconde guerre mondiale souvent au péril de leur vie) ou d’anecdotes (l’homme qui a sauvé un passager tombé sur les voies du métro New-Yorkais), il a combattu avec conviction l’idée selon laquelle l’homme est et restera centré sur lui-même et qui prône que tout acte apparemment altruiste n’est que de l’égoïsme déguisé.

Il est revenu sur le fait que tout altruisme entraine chez celui qui le pratique une harmonie retrouvée avec soi-même. Cette harmonie n’est pas une motivation première de l’acte, mais en est une simple conséquence, intrinsèquement relié comme « la chaleur d’une flamme et cette flamme ».

  1. Si l’altruisme existe, il est nécessaire de le cultiver

Au plan génétique, nous pouvons considérer que nous sommes quasi identiques qu’il y a 50.000 ans. Autrement dit, attendre de voir éclore le gène de l’altruisme semble bien trop long si l’on considère notre échelle de temps.

Au plan culturel, il n’est pas impossible qu’être altruiste donne un avantage sur les égoïstes. En effet, si les altruistes grandissaient en nombre et coopéraient, ils pourraient tirer avantage de cette coopération sur les égoïstes qui, par essence, ne coopèrent pas. Car ils sont égoïstes !

Enfin, deux concepts scientifiques sous-tendus parr des découvertes récentes viennent appuyer ces considérations :

–          L’épigénèse : l’embryon se construit graduellement par addition de parties nouvelles. On sait maintenant que notre héritage génétique est comme un plan qui peut ou non être mis à exécution.

–          La neuroplasticité : Le système nerveux n’est pas un système figé. Il est le siège d’un remodelage permanent de ses connexions lui permettant de se développer (stade embryonnaire et post-natal), puis de s’adapter à de nouvelles contraintes environnementales (stade adulte). J’en avais parlé dans un de mes précédents articles.

Aussi, nous ne pouvons pas attendre une éventuelle modification génétique ou compter sur d’autres personnes qui par voie de contigüité pourraient étendre l’altruisme. Il nous faut commencer par nous-mêmes. Et cela peut valoir le coup car rien n’est figé et surtout pas notre cerveau.

  1. Comment développer notre altruisme ?

Première constatation : nous en avons tous le potentiel. Nous sommes bienveillants naturellement à l’égard de nos enfants, de notre famille, de nos proches. Parfois de nos collègues et ça s’arrête souvent là.

Deuxième constatation : Ces états mentaux sont fugaces. Ils sont vite remplacés par d’autres états mentaux, des pensées,…

Troisième constatation : Cultiver des états mentaux spécifiques n’appartient pas à notre culture occidentale. Autant, nous pouvons passer beaucoup de temps à apprendre à lire, à écrire, à compter, à jouer aux échecs, à pratiquer un sport, à promouvoir son activité de blogueur(se),…autant l’apprentissage du maintien d’un état de bienveillance n’est pas développé dans nos pays jusqu’à présent.

C’est la pratique de la méditation qui permet à notre esprit de cultiver et de maintenir notre état d’esprit de bienveillance, de compassion.

Cet altruisme absolument nécessaire est devenu indispensable dans la crise que nous traversons.  Une conférence du Mind and Life Institute vient d’avoir lieu sur le thème de l’altruisme et de la compassion dans les systèmes économiques.

Pour finir, MR nous a fait pratiquer une courte séance de méditation de 5 minutes environ. Et c’est toujours très émouvant de méditer en silence, yeux clos, avec 1000 autres personnes.

Enfin, si l’on devait résumer cette conférence en trois mots les mots seraient ceux prononcés par MR en réponse à une question dans la salle sur la manière de passer de la parole aux actes.

D’abord la vue : voir ce qui est, être attentif, ne pas se laisser abuser par une vue court-terme et aller au-delà de ce qui est perceptible au premier coup d’œil

Ensuite la méditation : qui permet de cultiver un état de bienveillance et de compassion

Enfin, l’action qui permet de traduire notre bienveillance  en actions concrètes pour autrui.

Oui, l’altruisme est une nécessité !

Si une conférence de Matthieu Ricard est programmée dans votre ville, ne la ratez pas ! Non seulement, vous écouterez un occidental  bouddhiste qui met en œuvre concrètement l’altruisme dans sa vie, ensuite vous pourrez pratiquer quelques minutes de méditation , mais surtout vous serez utiles car les bénéfices sont reversés à l’association Karuna-Shechen. Vous pouvez consulter ce lien.

Sinon, pour acheter les ouvrages récents de Matthieu Ricard, vous pouvez le faire via ce lien.

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