Interview de Bernard Giraudeau : Je pense que l’amour et la joie sont liés


Je pense que l’amour et la joie sont liés…

Quelques mois avant sa mort en juillet 2010, Marc de Smedt (Nouvelles clés) avait rencontré Bernard Giraudeau pour un entretien autour de la Joie. Un homme lumineux et serein, passionné par les pratiques de la méditation qui l’avaient aidé à vivre durant sa longue maladie. Voici cet entretien dans son intégralité.

Quand j’ai commencé à parler de mon cancer, j’ai levé certains tabous dans les médias. Ainsi, à travers les émissions télévisées, j’ai pu constater que ce partage créait des retours immédiats et que beaucoup de gens étaient non seulement heureux de mon témoignage, mais que cela les libérait d’entendre parler de leur propre mal. Certes chaque cancer est unique, avec des vecteurs pathologiques particuliers, mais il est important d’échanger : or les personnes malades souvent n’osent pas et ne savent pas en parler. Pourtant, il est important d’exprimer ce que l’on ressent et d’écouter ce que les autres ressentent. Je pense que le fait que je témoigne de mon chemin à travers la maladie et, disons-le, de mon chemin spirituel, a pu aider à éveiller des démarches où l’on ne fait pas que subir le cancer mais où l’on comprend que c’est aussi un chemin de réflexion sur soi-même et au-delà de soi-même : la maladie devient ainsi un vecteur de conscience.

Nouvelles Clés : Vous irradiez d’ailleurs d’une véritable joie de vivre…

Bernard Giraudeau : Je profite mieux de tous les instants de la vie, de mes rencontres avec mes enfants, de ma compagne, des gens que je croise. Je pense que l’amour et la joie sont liés, et se retrouvent dans une intense présence dans l’instant. La joie profonde peut se confondre avec l’altruisme, mais ne peut se limiter à l’excitation d’une suite de joies superficielles. On ne peut être dans une authentique joie sans amour, me semble-t-il. J’ai appris à me poser et à écouter : mon chemin dans la maladie, la prière sans objet et la méditation m’ont ouvert à la joie profonde ; il s’agit là d’un rapport avec soi, avec les autres, avec l’univers, et avec l’infini. Face au mystère insondable qui nous entoure, la plus grande humilité est de respecter cette ignorance-là et de l’aimer. À travers les lueurs que j’entrevois de temps en temps, il me semble deviner quelque chose qui donne un sens à notre passage ici-bas. Je ne veux pas parler de Dieu ou d’un Grand Architecte, car je crois que ces notions nous dépassent infiniment. Tout en étant très attentif à ce que peuvent me dire les gens de foi religieuse, j’essaie d’atteindre une foi toute simple : la foi en la guérison, la foi en l’autre, la foi en l’amour, je crois en cela. Et je précise que l’important n’est pas de guérir la maladie, c’est de guérir l’homme, de se guérir soi. Si l’on se guérit soi, peu importe la maladie. Pour combattre la maladie, il faut savoir aussi lâcher prise avec sa menace.

N.C. : Qu’est-ce qui vous a personnellement aidé dans ce processus ?

B.G. : Au début, pris dans cette sorte de centrifugeuse qu’est la découverte du mal, on part un peu dans toutes les directions, on grappille tout ce qui peut sembler faire du bien et donner des armes pour affronter ce qui nous arrive. Le premier chemin exploré a été celui de l’hypnothérapie : j’ai donc essayé de lutter contre les douleurs des opérations par des visualisations et des méthodes sophrologiques.

Avant la maladie, j’étais déjà marié avec la nature qui me parle, qui me vivifie, qui me met en joie : j’ai donc évidemment aussi gardé ce contact qui a toujours été pour moi une méditation permanente. Et puis les rencontres sont importantes, surtout celles qui apaisent, qui tranquillisent : ma rencontre avec David Servan-Schreiber m’a énormément aidé en cela. Il m’a permis de me sentir plus serein face à la maladie. Non que j’avais ou que j’aie peur de la mort, bien que je ne sois pas encore prêt à partir du fait de ma curiosité de découvrir encore plein de choses. Mais le maelström causé par la maladie appelle un besoin de sérénité. J’ai essayé d’autres méthodes encore qui m’ont fait du bien : l’acupuncture par exemple, ou le tai chi et le qi kong, dont les mouvements parlaient au corps de l’ancien danseur que je suis. Je continue dans ces voies-là tout en privilégiant la méditation, qui est la technique la plus simple et la plus accessible à la demande : j’en fais environ une heure, le matin et parfois dans la journée, ce qui m’aide à rester dans la pleine conscience et à apaiser mes moments de stress, qui peuvent être intenses. Cela me permet d’entrer dans l’acceptation sans la résignation, un double état qui permet de mieux donner du sens à tout ça. Tout cela forme un choix de vie qui me rend plus heureux que je ne l’étais.

N.C. : Ce qui signifierait que ces démarches vous ont aidé à faire des pas dans votre évolution tout en vous rendant heureux de vivre malgré la maladie…

B.G. : Oui, j’ai bien sûr aussi été heureux de vivre jadis comme un grand voyageur qui a navigué sur toute la planète, comme un amoureux de la nature, avec une énorme curiosité et un appétit d’aventures. Mais à partir du moment où je peux moins bouger, c’est un autre voyage qui a commencé et qui se révèle vraiment passionnant.

N.C. : Quel conseil donneriez-vous à un jeune pour mieux vivre sa vie ?

B.G. : Ce que je dis à mes enfants, c’est d’être dans la disponibilité et la curiosité, mais surtout dans l’attention au maximum dans chaque instant. C’est aussi d’être suffisamment poreux aux autres. Et de continuer à s’émerveiller. Il suffit de regarder la nature très attentivement pour constater que ce qui se passe là est inouï. Le miracle de la vie est permanent. Grâce à l’attention dans l’instant, il faut et on peut se dire chaque jour que la vie est merveilleuse et incroyable : on ne peut qu’être humble et en état de joie devant cela.

Que dire de plus?…le silence et c’est déjà beaucoup!

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Une journée rien qu’à moi.


Cet article s’inscrit dans le cadre du festivalÀ la croisée des blogs”. Ce mois-ci c’est Mona Lisa du blog Le Bonheur Pour Les Nuls qui en est l’organisatrice et qui propose de nous interroger sur le thème suivant : « S’aimer soi-même ? »

Il paraît que « Tout commence par soi-même »

Alors demain, c’est décidé, ce sera ma journée. J’ai décidé de m’occuper de moi. Que de moi.

Je vais commencer par me lever tard. Je vais laisser ma femme accompagner mon petit à l’école. Je vais entendre le réveil sonner, mais je ne me lèverai pas.

Je vais entendre ma femme se préparer, mais je ne prendrai pas mon petit déjeuner. Je vais rester au chaud sous la couette. Entre veille et sommeil, dans cet état de semi-conscience que j’apprécie tant.

Je vais écouter les bruits familiers de la maison, juste les écouter sans les interpréter. Simples bruits familiers : loins ou proches, aigus ou graves, de tonalité forte ou faible. La simple caractéristique primitive du son. En dehors de toute interprétation, de toute étiquette.

Puis le silence revenu, je vais sortir du lit. A mon rythme. Je ne vais pas mettre mes lentilles de contact qui est souvent le premier geste du matin, mais vais rester dans le flou quelques minutes.

Je vais ouvrir la fenêtre de ma chambre, écouter les oiseaux qui ne manqueront pas de chanter, de sauter, de voleter sur l’arbre en face. Je vais sentir si l’air est déjà chaud, tiède ou encore frais et inspirer avec douceur. Inspiration unique puisque l’air inspiré ne reviendra jamais.

Le petit-déjeuner sera joyeux, copieux, arrosé d’un bon café fumant. Je vais prendre le temps de me faire un œuf sur le plat, goûter à des tartines beurrées et confiturées, déguster un bon jus d’orange pressé. En silence. Si le téléphone sonne, je ne répondrai pas ou ce sera avec plaisir. Si le facteur sonne, je n’ouvrirai pas ou ce sera avec plaisir. Le sourire aux lèvres, car il s’agit de ma journée. Rien qu’à moi.

La douche sera un pur moment de bonheur. Eau chaude ruisselant sur mon corps nu, humant doucement les effluves de savon. Un habillage simple, pratique, facile. Pas de cravates au nœud coulant. Pas de chaussures aux semelles dures. Des habits souples, des chaussures légères.

Puis je vais me recoucher. Bonheur suprême. Lire au lit. En toute quiétude. Le téléphone portable sera éteint toute la journée ou simplement allumé lorsque j’en aurais envie.

Je vais me promener, prendre le temps. De goûter au bruit de la rue, de voir les pères de famille déjà stressés dans leurs voitures pour se rendre à leur travail, d’observer les mères de famille inquiètes d’arriver en retard à leurs rendez-vous, de contempler les responsables des magasins ouvrir avec fébrilité leurs rideaux de fer, comme si les clients allaient se précipiter et surtout les regards souvent éteints des passants, les yeux tournées vers le sol, déjà absorbés par leurs soucis, leurs factures, leur retraite qui s’éloigne.

Promenade dans la nature, dégustation d’un bon expresso à la terrasse d’un café, discussion avec des inconnus seront au programme. De quoi remplir toute la matinée. Légèreté, vécu de l’instant présent, recul.

Je mangerais le midi avec un ami que je n’ai pas vu depuis longtemps. Souvenirs égrenés, rires complices, projets d’avenir. L’après-midi sera consacré à des loisirs : séance de cinéma, massage dans un institut, visite d’une exposition, parcours santé en forêt, shopping dans les magasins. Pas de temps défini, pas de programme imposé, juste aller selon son envie, son intuition, ses désirs. Aider une personne âgée, sourire au rire d’un enfant, échanger des banalités.

Aller chercher ma femme au travail, surprise, fou rire, détente. Aller chercher mes enfants à l’école : surprise, joie, magie. Puis les laisser et continuer à profiter du moment présent.

Le soir, dîner que j’aurai préparé avec soin en tête à tête avec ma femme. Une idée, un souvenir, un projet. Echanges. Déguster un bon vin, tendresse, rires, bonheur, baisers. Des choses simples, finalement.

Avant de me coucher, j’inscrirai sur mon cahier de vie les trois choses positives que j’ai vécu dans la journée. J’en trouverai bien plus que trois. J’inscrirai finalement qu’il s’agit de toute la journée.

Telle serait ma journée. Rien qu’à moi. Mais avec la nature. Proche et moins proche. Mais avec les autres. Proches et moins proches. Définitivement. simplement

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merci.