Peut-on guérir de ses maux par des mots ?



« Write hard and clear about what hurts” Ernest Hemingway.

Les mots sont des antidotes magiques. Parfois enthousiasmants, provocants, grisants, parfois simplement réconfortants, apaisants, calmants, ils permettent de soigner ses maux petits ou grands. L’écriture est un remède souvent mis de côté à tort, pas assez utilisé dans notre pharmacopée. Et pourtant… !

Ecrire pour soulager

En 1999, une étude randomisée menée par le très sérieux Journal of the American Medical Association, le fameux JAMA, montrait que l’écriture pouvait avoir une influence profonde sur la souffrance physique. Des patients atteints d’asthme ou d’arthrite avaient eu à décrire le moment le plus difficile de leur vie. D’autres simplement leur plan pour la journée. Quatre mois plus tard, ceux qui avaient planché sur leurs difficultés durant trois jours consécutifs, à raison de vingt minutes par jour, se sentaient mieux, prenaient moins de médicaments pour soulager leurs symptômes et avaient moins consulté leur médecin !
Le simple fait de mettre ses propres mots sur le papier apporterait donc une sensation de bien-être ? Une évidence pour le psychiatre Christophe André  : « Mettre sa vie en mots soulage. […] Cela permet de contempler la réalité avec un minimum de recul, en étant assis à sa table de travail et non pas submergé par l’émotion. A condition toutefois de ne pas se perdre dans des eaux narcissiques, exhibitionnistes et complaisantes. »
Hervé Chabalier, journaliste qui a raconté son combat contre l’alcoolisme  dans Le dernier pour la route, fait le même constat : « L’écriture est comme une couche supplémentaire qui s’ajoute à la thérapie. A mes yeux, écrire rejoint le travail du tailleur de pierre, c’est comme imprimer durablement mon expérience dans ma tête. »

Face à une difficulté qui vous entrave, le simple fait de la mettre en mots apporte souvent une sensation de soulagement, comme un énorme poids que vous n’auriez soudain plus à porter.

Mais comment donc ce remède agit ? En écrivant vos doutes, vos peurs, vos douleurs, vos questions, vous mettez une distance entre vous et vos problèmes. Cette distance est salutaire car elle vous permet de regarder votre problème, votre souffrance de loin, qui n’est plus votre problème, votre souffrance, mais un problème, une souffrance et cela fait un énorme différence. L’écriture permet donc d’en avoir une vue plus globale et moins focalisée, ce qui vous met dans les meilleures conditions pour le résoudre au mieux.

Ecrire pour exister et se développer

Thérapeutes et médecins recommandent de plus en plus souvent  à leurs patients de tenir un journal. Après la « talking cure » si chère à Tonton Sigmund,  allons-nous laisser la place à la « writing cure » ? L’expression par la parole suite à un questionnement est tout à fait libératrice. J’en parlais dans un de mes récents posts. Mais l’écriture est complémentaire. D’abord parce qu’on couche sur la page blanche ou inscrit sur l’écran blanc des choses que l’on n’aurait jamais osé prononcer. Par peur, par honte, par pudeur…. Ensuite parce qu’il y a une libération par l’écrit encore supérieur à la parole.

Yves-Alexandre Thalmann, psychologue clinicien, participe à une nouvelle collection de « petits cahiers d’exercices » comme le Petit cahier d’exercices pour voir la vie en rose ou le Petit cahier d’exercices d’entrainement au bonheur), sortes de cahiers d’écoliers à remplir pour le grand public sur différents thèmes.

« Les patients qui souffrent d’un manque d’affirmation de soi apprennent à décrypter les circonstances dans lesquelles ils perdent pied ».

Exemple de situation:

Vous croisez une de vos connaissances dans la rue qui est sur le trottoir d’en face. Vous lui faites un signe de la main et elle continue son chemin en faisant mine de ne pas vous avoir vu.

Il se peut que vous vous disiez : « Tiens, elle ne m’a pas vu ! », ou « elle devait être très occupée », mais aussi « il a fait exprès de ne pas me voir » ou « il n’a plus rien à faire de moi »  voire « personne ne s’intéresse à moi »….

Ces pensées automatiques associées à un  sentiment d’abandon peuvent être source d’angoisses profondes et avoir des retentissements physiques dans notre corps à type de pesanteur dans la poitrine, de gorge serrée, de palpitations,…si familiers aux personnes anxieuses et/ou dépressives.

Le fait de mettre en mots ce scénario juste après l’avoir vécu est une aide très appréciable pour prendre du recul par rapport à l’événement et petit à petit remplacer ce train de pensées par des pensées alternatives.

Cette thérapie par l’écriture d’un journal se nomme la journal-thérapie. Kathleen Adams, psychothérapeute et fondatrice du Center for Journal Therapy, au Colorado, la définit comme l’écriture des pensées et des sentiments dans le but de régler ses problèmes personnels et d’en venir à une meilleure compréhension de soi et des événements de sa vie. L’écriture de nos réactions, expériences et émotions permet de libérer une certaine tension et de percevoir plus clairement notre cheminement.

Ecrire nous révèle donc bien souvent à nous-même, permettant à des parties de nous que nous ignorions de s’exprimer. Mettre en mots ses pensées, ses rêves et ses peurs permet non seulement de mieux les comprendre et de les clarifier, mais avant tout d’en prendre conscience !

Il s’agit bien de cela, de pleine conscience de ce que l’on est, ce que l’on vit, ce que l’on ressent!

Il est important de s’écouter lorsque l’on écrit. Il est aisé de laisser au papier le soin de se charger de nos problèmes; on écrit comme on sort les poubelles, pour oublier nos problèmes et s’en libérer l’esprit. Il s’agit certes là d’un avantage non négligeable du journal, qui nous permet d’apaiser nos tensions, de nous soulager de notre stress et d’exorciser certains démons.

Mais doit-on relire ce que l’on a écrit ? En relisant nos écrits, nous pouvons encore mieux nous persuader que ces évènements existent en dehors de nous. Comme s’ils étaient dotés d’une existence propre. La relecture est parfois pénible voire source de souffrances, nous obligeant à faire face à certains reflets de nous qui ne nous plaisent guère. Cependant, nul n’est tenu de relire ses écrits. Même si « verba volent, scripta manent » (les paroles s’envolent, les écrits restent ), nous ne sommes pas obligés de nous replonger dans des écrits douloureux, une fois ceux-ci expulsés sur le papier.

Le blog, une nouvelle thérapie?

Mais qu’en est-il alors du blog ? Il existe plus de cent millions de blogs actifs chaque jour sur le net. Plus de 100.000 blogs se créent chaque jour. En France, il est estimé qu’existent  9 à 10 millions de blogs répartis entre blogs professionnels et blogs personnels. Ces derniers peuvent être assimilés à des exercices d’intimité publique, à des outils de connaissances de soi et de développement personnel. Ils peuvent être ainsi utilisés comme un outil permettant de renforcer l’estime de soi car lus par des centaines d’internautes, il permettent de s’exprimer, donner sa vision, de confier ses problèmes. C’est pourquoi tant d’adolescents (on estime qu’un ado sur 2 écrit ou a écrit sur un blog) sont concernés par ce phénomène.

Finalement une feuille de papier ou un clavier peuvent tout supporter : les questionnements, les doutes, la colère, l’indignation, la haine, l’ennui et même la souffrance extrême…
La fameuse devise gravée sur le fronton du temple de la pythie de Delphes indiquait : “Connais-toi toi-même”. C’est bien aussi de cela qu’il s’agit.

Il est possible de prendre ou de reprendre sa vie en main grâce à la plume, virtuelle ou non. Il s’agit d’un outil extraordinaire de développement personnel. Alors si vous en ressentez le besoin, ou simplement l’envie, allez chercher votre vieille Remington, votre plume et votre encrier ou plus prosaïquement tapoter sur votre clavier, mais surtout n’hésitez pas une seconde de plus ! Écrivez!

Ami(e)s blogueuses et blogueurs de développement personnel et tous les autres, êtes-vous d’accord? un peu, beaucoup, ….

Vous pouvez voter si le cœur vous en dit…

http://scoopeo.com/blogs/peut-on-guerir-de-ses-maux-par-des-mots

http://blogasty.com/billet/367992-peut-on-guerir-de-ses-maux-par-des-mots–post

http://www.fuzz.fr/story/peut-on-guerir-de-ses-maux-par-des-mots–vivre-simplement-en-pleine-conscience

Publicités

4 Réponses

  1. J’ai bien apprécié cet article avec des références médicales sur le pouvoir de l’écriture. Nos maux sont le reflets de notre langage et de la manière dont nous parlons de nous (notre mental, notre corps, nos émotions). Car notre inconscient est littéral et prends tout au premier degré. Mettre ses maux sur papier permet certainement une distanciation. Je propose d’aller plus loin pour décrire la fonction positive de ses maux et parler de soi avec plus de bienveillance. Avec des mots nous avons le pouvoir de nous faire autant de mal que de bien.

  2. Comme Jean Luc j’ai beaucoup apprécié les références. Excellent.

  3. Bonjour,

    Pour ajouter une source très complète à cet article qui l’était déjà 🙂

    http://apt.rcpsych.org/cgi/content/full/11/5/338

  4. Se relire attire toujours une notion de la fausse identité de ce que l’on est par
    rapport à ce que l’on était au moment donné de l’écriture.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :