Décidez le changement dans votre vie et votre cerveau suivra


« Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le Monde », écrivait Gandhi.

Même si l’on ne peut être que d’accord avec cette citation, la question qui se pose immédiatement est la suivante : est-il possible de vraiment changer ?

C’est à cette question posée ce mois-ci dans l’édition de Mars de « A la croisée des blogs » dont je suis l’organisateur, que je vais donner un éclairage particulier car je vais me placer du point de vue du fonctionnement de notre cerveau.

Etant donné que c’est l’organe noble par excellence, autrement dit notre cerveau, qui en grande partie dirige notre vie, il est indispensable de se poser la question suivante : notre cerveau peut-il évoluer ? Notre cerveau peut-il vraiment se transformer ?

Contrairement aux conceptions qui prévalaient jusqu’à la fin du 20ème siècle, il est désormais clairement démontré qu’il existe une neurogenèse active tout au long de la vie chez l’homme.

Le développement des techniques d’imagerie et de neuropathologie notamment l’IRM fonctionnelle et la SPECT a permis de confirmer le rôle de la plasticité cérébrale en identifiant les modifications fonctionnelles et structurelles qui la traduisent.

Ce concept de neuroplasticité ou plasticité neuronale est incroyable !

Lorsque j’étais étudiant en médecine, dans les années 1980, nos éminents professeurs de Neurologie nous enseignaient que nous avions notre stock de neurones à la naissance et que notre vie se déroulait à la manière d’une lente, mais inéluctable destruction neuronale. Il y avait de quoi être résigné et avoir une opinion assez tranchée sur la possibilité d’évoluer dans son esprit, dans sa façon de voir la vie, d’opérer un véritable changement.

Cette conception, on le sait maintenant, est totalement erronée.

Nous possédons 100 milliards de neurones en perpétuel mouvement.

Je vous propose de vous faire voyager dans le cerveau

du stade embryonnaire à la vieillesse.

Trois semaines après la conception, au stade de la gastrulation, l’embryon se distingue en 3 feuilles : l’endoderme (qui à terme donnera les intestins, les poumons et le foie), le mésoderme (qui à terme donnera les reins, les organes reproducteurs, les os, les muscles, le système vasculaire) et l’ectoderme (qui donnera l’épiderme, le système nerveux central et périphérique).

Pour avoir plus de détails sur la formation du cerveau, je vous recommande ce lien.

Ce que nous savons maintenant, c’est que le cerveau in utero n’est pas aveugle ni sourd au monde extérieur. Son évolution va donc dépendre d’influences génétiques et de stimulations environnementales. Et surtout survient entre la 10è semaine et la 20è semaine, un phénomène extraordinaire : la neurogénèse. A partir de cellules souches, est fabriqué par multiplication, un stock de 100 milliards de cellules hyperspécialisées appelées neurones. Puis ces neurones s’organisent en 6 couches superposées. Mais ce n’est pas tout. Ces cellules vont pouvoir communiquer entre elles par des synapses qui sont des zones de connexions inter-neuronales et un jour, l’influx nerveux, sorte de courant électrique, parcourt pour la première fois l’ensemble de ces circuits. Le cerveau simple amas de neurones enchevêtrés devient fonctionnel. Il nous permettra de voir, sentir, entendre, goûter, toucher, penser, parler,…et donc changer.

A partir de la naissance, nous assistons à deux processus conjoints : d’une part une prolifération des synapses et d’autre part un système d’élagage.

La prolifération des synapses : Imaginez que nos 100 milliards de neurones ne se divisent plus, mais émettent leurs branches axonales comme des sortes de tentacules à la recherche de multiples contacts pour transmettre des signaux nerveux. Un cerveau riche, qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas un cerveau avec un plus grand nombre de neurones, NON ! c’est un cerveau très riche en connexions. Inter-neuronales.

L’élagage : le deuxième processus appelé “élagage synaptique”, est responsable de la suppression de connexions inefficaces ou inutilisées. Ce processus, participe pleinement à la neuroplasticité cérébrale, donc à notre capacité à apprendre et à mémoriser.

Le cerveau va ainsi subir des vagues successives de productions et d’éliminations de synapses.

A partir de 10 ans et tout spécialement  à l’adolescence, on passe au haut débit. L’élagage synaptique s’intensifie au moment de la puberté (- 40% chez le chimpanzé). Et un autre processus fondamental commencé dès l’enfance va s’intensifier : la myélinisation. Les axones qui sont les fibres émettrices des neurones vont s’entourer d’une gaine de myéline et la vitesse de l’influx nerveux en sautant entre les gaines de myéline (voir schéma) au lieu de se transmettre en continu passera ainsi de 0,5 m/s à 120m/s. Le cerveau des ados va donc à plus de 430 km/h !!!!

A l’âge adulte, le cerveau continue, contrairement à une idée reçue, de créer des synapses qui attestent de sa forte capacité d’adaptation. C’est vers 25 ans que le cerveau atteint son maximum de puissance, puis il entame un très lent déclin. Il existe certes une perte neuronale, mais elle est extrêmement faible. Ce sont finalement les connexions synaptiques qui déterminent le fonctionnement mental.

Lors d’un apprentissage quel qu’il soit, les stimulations répétées vont aboutir  à des échanges d’ions entre neurones voisins et va aboutir à la construction de nouvelles synapses, ces fameuses connexions. Ainsi tout type de stimulation est à même de déclencher la modification des réseaux de connexions.

Comment stimuler notre cerveau ?

Les experts s’affrontent sur ce point, mais un consensus se fait jour sur :

–          Le nourrir : en énergie, en oxygène et en éléments nutritifs.

–          Le laisser se reposer : autrement dit bien dormir

–          Fuir le stress  : lien

–          Varier les stimuli sensoriels, cognitifs, moteurs.

La vie professionnelle fournit en fin de compte le plus souvent les ingrédients nécessaires pour maintenir un cerveau à son niveau de fonctionnement optimal.

Enfin après 60 ans, il existe un vieillissement cérébral, puisque les membranes neuronales vont s’oxyder petit à petit et ils vont progressivement se rigidifier entrainant un ralentissement de l’influx nerveux. Le cerveau devient alors moins souple et moins réactif.

Que faire ?

–          Continuer à stimuler notre cerveau : lire,sortir, discuter et voyager

–          Avoir une alimentation variée et équilibrée

–          Réduire le stress dont le rôle délétère sur le cerveau et notamment sur les chromosomes a été démontré

–          Entretenir ses sens

Voici en quelques lignes l’évolution fantastique du plus bel organe de notre corps.

Tout montre donc que le cerveau n’est pas figé, qu’il est un organe de 100 milliards de neurones en perpétuel mouvement. Il n’existe donc aucune excuse valable pour procrastiner, pour ne pas avancer, pour croire qu’aucun changement n’est possible,…

En résumé, décidez maintenant le changement que vous souhaitez dans votre vie et votre cerveau suivra !

Est-ce si facile pour autant?

Cette question sera sans doute évoquée par d’autres blogueur(se)s

Pour en savoir plus :

Bien nourrir son cerveau
Les prodiges du cerveau : Ou comment l’esprit se bonifie avec l’âge

Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau : Guérir grâce à la neuroplasticité

Publicités

5 Réponses

  1. Hello DocG

    C’est marrant ces théories qui changent du tout au tout. On nous dit que le sock de neurones est fixé à la naissance, puis récemment on a appri qu’il s’en crée de nouveaux!
    Le fonctionnement du cerveau me fascine toujours plus. J’espère qu’on découvrira bientôt de nouvelles façons de l’optimiser, notamment en étudiant ceux qui savent bien l’utiliser ainsi que le domaine des ondes cérébrales…

  2. Voila un bel éclairage médical à la question « est-il possible de vraiment changer ? » La question à poser est « changer quoi et comment? » La difficulté perçue du changement est souvent proportionnelle au degré de stabilité d’une expérience : on considère qu’il est plus facile de changer d’environnement, ou d’adopter de nouveaux comportements (dépendances, exercice, alimentation..etc), d’acquérir de nouvelles compétences, que de changer de croyances ou d’identité. Pour moi le vrai changement est un non changement, car il consiste à s’autoriser à enfin faire ce que l’on a envie de faire depuis si longtemps. S’autoriser à changer, c’est comme élargir la petite boite dans laquelle vous avez comprimé la balle en mousse de votre existence. En agrandissant la boite, vous permettez à ce qui a toujours été présent, votre potentiel, de se décompresser, se dilater et s’exprimer.

  3. @argancel : disons qu’il s’est passé 20 ans environ entre mes études médicales et les études sur la neuroplasticité…nous ne sommes pas au bout de nos découvertes
    @Jean-luc monsempes : merci d’avoir pris le temps de ce commentaire.
    « Pour moi le vrai changement est un non changement, car il consiste à s’autoriser à enfin faire ce que l’on a envie de faire depuis si longtemps. » : j’apprécie beaucoup cette phrase ainsi que l’image de la boîte et de la petite balle en mousse de son existence qui peut enfin s’exprimer quand la boîte s’agrandit.

    Le changement est pour moi un non-changement parce qu’il n’existe rien d’autre. Tout est en perpétuel changement. C’est l’impermanence.

  4. Voila un article surprenant, on commence en se disant « oh punaise je vais me faire ch… » et on s’apercoit qu’on apprecie l’écriture légère et que le jargon n’est la que lorsque c’est nécessaire.
    Je nuancerais juste une chose, j’ai l’impression que l’article est écrit un peu comme si le cerveau était le siège du changement et même de la conscience.
    Personnellement je pense que le mariage du cœur et du cerveau est la véritable conscience et qu’en définitive tout changement de l’un influence l’autre et ce sans fin !
    @Jean-luc monsempes j’aime ton image et pour ma part je l’exprime ainsi. Nous sommes des diamants recouverts de différentes couches. Notre valeur intrinsèque n’est pas fluctuante dans le temps, c’est la valeur que nous nous accordons a nous-même qui l’est.

    Merci encore pour cet article.

    Mohamed

  5. @mohamed : je te remercie pour ta franchise…j’ai beaucoup ri.
    je suis tout à fait d’accord avec l’importance du coeur et je souscris complètement à l’image du diamant.
    Ce diamant intérieur brillait d’un éclat pur dans notre enfance, n’est-ce pas?
    Il était au cœur de notre être.
    Et puis, notre éducation, notre culture, notre environnement, nos rencontres,… nous ont recouvert de couches successives pour faire ce que nous sommes devenus.
    A nous de retirer ces couches successives pour retrouver l’éclat perdu de notre amour et de notre joie inconditionnels.
    Parmi les méthodes qui existent, la méditation de pleine conscience par la pratique de l’attention de l’instant présent permet de réaliser cela en douceur.
    avec bienveillance.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :